Mieux comprendre les taux d’intérêt négatifs

Les grandes Banques centrales ont inauguré l’ère des taux d’intérêt négatifs. Point sur cette stratégie monétaire qui vise à stimuler l’inflation.

Les spécialistes le disaient impossible, mais les Banques Centrales l’ont fait dans une tentative désespérée de stimuler l’inflation et la croissance. Après s’être lancées dans des rachats de dette publique et avoir baissé leurs taux directeurs, elles ont inauguré l’ère des taux d’intérêt négatifs.

On peut citer la Banque de Suède, et la Banque Nationale de Suisse, qui ont baissé leurs taux à respectivement -0,1 % et -0,75 %. Mais elles ne sont pas les seules, depuis 2012 c’est cinq Banques Centrales qui ont choisi de baisser leurs taux en dessous de zéro, à l’instar du Danemark et du Japon.

Le principe est simple : grâce aux taux d’intérêt négatifs, on rembourse moins que ce qu’on emprunte. Il s’agit d’une mesure monétaire extrême utilisée par les grandes banques afin de pousser les ménages à l’emprunt et à la consommation, nécessaires à la relance de l’activité.

En revanche, l’abus de cette pratique pèse à présent sur l’économie mondiale comme une épée de Damoclès.

Quel est le principe des taux négatifs ?

Il existe plusieurs taux d’intérêt, le taux directeur étant celui qui donne le ton à tous les autres. Celui-ci est fixé par la Banque Centrale, institution auprès de laquelle les banques traditionnelles se refinancent.

Le taux directeur influence les taux du marché entre les banques (marché interbancaire) ainsi que le taux des prêts accordés par les banques aux particuliers et entreprises.

Ainsi, la Banque Centrale peut être tentée d’abaisser son taux directeur afin d’encourager l’emprunt et donc stimuler l’inflation.

Pourquoi les taux sont-ils si bas en Europe ?

Dès la crise de 2008, la Banque Centrale Européenne cherche énergiquement à réduire le coût du crédit et stimuler la consommation par la baisse des taux d’intérêt.

Elle a ainsi fait passer son taux directeur de 4,25 % en octobre 2008 à 1 % en mai 2009, et enfin 0 % en mars 2016. La BCE n’est est pas restée là, elle a également pénalisé les excédents de liquidités des banques. Ainsi, le taux de dépôt au jour le jour a diminué à sept reprises depuis 2011.

Le Président de la BCE Mario Draghi a parallèlement agi de manière indirecte avec l’utilisation de la politique d’assouplissement quantitatif (ou QE pour « quantitative easing ») qui vise à racheter aux banques 80 milliards d’euros de dettes de qualité par mois et ainsi offrir un répit aux finances publiques en mettant à disposition des liquidités aux banques.

Bonne nouvelle pour l’économie

Des taux très bas sont à priori une bonne nouvelle pour l’économie, en particulier pour la consommation. En raison de la hausse continue du taux de chômage, la grande majorité des salariés peuvent difficilement prétendre à des hausses de salaires.

Ainsi, la déflation entraîne une baisse des prix qui améliore leur pouvoir d’achat. Les taux très bas, voire négatifs, aident également à soutenir le marché immobilier en permettant à de nombreux ménages d’accéder à la propriété.

Du côté des entreprises, des taux bas permettent de relancer l’investissement et l’emploi.

Taux négatifs : accepter de payer pour prêter

Pour les emprunts d’état et dans un contexte d’excès de liquidités, les grandes banques, fonds de pension et compagnies d’assurance sont prêteurs. L’enjeu pour eux n’est plus vraiment de gagner de l’argent, mais de ne pas trop en perdre.

En ce qui concerne la dette française et la dette européenne, elles sont considérées comme des actifs sans risque, dont la détention est ainsi recommandée. Ainsi, les non-résidents européens sont avides d’obligations à taux négatifs : pour eux, acheter de tels produits permet de compenser les conséquences des variations de monnaies des autres actifs.

Les avantages de la politique s’estompent

De manière générale, une Banque Centrale dispose de peu de marge de manœuvre quant aux taux d’intérêt : si elle les baisse de manière exagérée, elle va heurter la rentabilité des banques.

Ainsi, lorsque cette stratégie est utilisée sur le long terme ses effets s’estompent progressivement, tandis que bien souvent la croissance future du crédit ne suffit pas à compenser la réduction des marges d’intérêt.

Des baisses de taux supplémentaires affaiblissent d’autant plus l’efficacité de la politique dans le cas où les clients retirent leur argent des banques ou si les taux de prêt ne s’ajustent pas.

Le phénomène actuel de taux négatifs semble être parti pour durer un certain temps, mais selon les spécialistes une normalisation des taux d’intérêt est inévitable.

La baisse des taux serait contre-productive

En agissant ainsi, la BCE espère relancer l’économie en abaissant le coût du crédit. L’efficacité de ce mécanisme repose sur l’existence d’une demande en crédit importante et insatisfaite, ce qui se traduit pas un besoin important de liquidités des ménages des entreprises qui ne parviennent pas à financer avec le secteur bancaire actuel.

Là où le bât blesse, c’est que les banques disposant généralement d’un excédent de liquidités, sont très bien capitalisées et n’ont pas de réticences à prêter de l’argent. En fait, la faiblesse du crédit traduit plutôt la faiblesse de la demande pour le crédit, et en d’autres termes, personne ne souhaite emprunter dans le contexte actuel et la baisse des taux apparaît donc comme une mesure inefficace.

Il existe par contre un vrai danger à cette baisse artificielle des taux : les prix des actifs ne reflètent pas leur valeur réelle, et le risque de bulle spéculative est important. De ce fait, le système financier tout entier peut être fragilisé à long terme.